Denis Bourdon a accompagné la transformation numérique au sein de l’assureur Swiss Life. De ce passage, il retire le prix de CTO de l’année, mais aussi une expérience forte de la métamorphose des entreprises. Son crédo : anticiper et écouter les métiers.

Denis Bourdon est calme et posé. Ancien directeur des opérations IT de Swiss Life, il a été au cœur de la transformation digitale d’une entreprise sous pression concurrentielle forte. Pour autant, son expérience lui a permis de négocier ce virage avec une sérénité enviable. A l’écouter, deux piliers lui ont permis de mener à bien cette transformation : l’anticipation active et l’écoute des métiers. Deux qualités indispensables au DSI pour répondre aux doléances de l’environnement, interne ou externe.

« La vraie rupture de la transformation numérique, c’est le temps face à des concurrents véloce sur le champ digital. Dans ce contexte, il ne faut pas être dogmatique, mais se poser la question et arbitrer entre ce qui est stratégique et ce que le marché peut offrir dans un monde de cohabitation entre legacy et transformation numérique », analyse Denis Bourdon qui se rappelle comment dès 2012 il a anticipé l’accélération en basculant l’IT de service d’infrastructure vers un offreur de services en construisant un PaaS pour provisionner des solutions standards pour accompagner le métier, ou encore fait appel au SaaS pour fournir des applications.

Shadow IT et accélération : les défis de la DSI

Pour effectuer ses choix en SaaS, la question est toujours la même, « Make or Buy ? », une question sur ce qui est stratégique de ce qui ne l’est pas. Cette interrogation récurrente pour la DSI qui « n’a pas vocation à tout faire par elle-même », rappelle Denis Bourdon pour qui « Un autre élément de la transformation vient de la capacité à aller chercher des services à l’extérieur pour faire face à l’accélération et être dans le timing des métiers. Si la DSI n’est pas capable d’offrir le service au métier, il ira le chercher ailleurs. En ce sens le shadow IT est un aiguillon pour la DSI à offrir un service performant, que ce soit en termes de développement, d’infrastructure ou de qualité de service et de cout entre autres. La DSI est le cloud provider de l’entreprise et son enjeu est de répondre aux exigences du métier. » Tranché, pour Denis Bourdon, « c’est un devoir de considérer l’offre cloud pour construire des réponses à des partenaires au sein de l’entreprise. Le DSI qui ne veut pas entendre parler de cloud est mort.»

Anticiper pour être acteur du changement

En étant fournisseur de service, la DSI répond à l’exigence des métiers, ce qui induit pour le DSI une nécessaire capacité d’écoute. « Ne pas être à l’écoute des métiers est une hérésie ! s’exclame Denis Bourdon, qui poursuit, C’est comme ne pas être à l’écoute du client pour l’entreprise. Il est impossible de fonctionner en étant dans la résistance au changement. Encore une fois, imaginons un responsable marketing qui veut faire du big data. Nous avons deux options, bâtir ensemble une solution qui répond à un enjeu stratégique ou juste répondre à une demande en tant qu’offreur de services techniques. Dans ce dernier cas, nous sommes dans le cas de figure où la DSI n’écoute pas. En règle générale, la bonne démarche est celle de l’accompagnement de toutes les fonctions de l’entreprise en étant à l’écoute et en restant acteur du changement, pas spectateur.»

La DSI : entre marketing et CDO

Impossible d’évoquer la transformation sans aborder le sujet du directeur du digital, le fameux CDO. Pour Denis Bourdon, la fonction, si elle répond à des besoins d’anticipation et de rapidité de réponse est loin d’être univoque et dépend des entreprises, « Il y a trois cas de figure. Dans certaines entreprises, le CDO réfléchira au business et demandera au DSI de livrer. Un deuxième cas est celui du CDO avec peu de moyens. Il réfléchit à la transformation, mais avec peu de moyens. Nous sommes là dans une fonction d’affichage. Il y a un dernier cas où l’entreprise crée une fonction ad hoc marketing et IT. Dans ce cas, le CDO constituera sa propre équipe IT parce que la DSI n’est pas capable de suivre. Mais personnellement je suis persuadé que la fonction business/marketing est prédominante pour un CDO. En ce sens il répond à une actualité, mais ne peut supplanter la DSI à terme. En revanche, là aussi c’est un aiguillon pour redonner de l’agilité à la DSI et au marketing. »

En conclusion pour Denis Bourdon l’entreprise doit se poser les bonnes questions et y répondre rapidement pour se positionner face aux nouveaux acteurs. Mais, c’est une phase transitoire. « A termes, le DSI et le marketing accompagneront la transformation digitale. Ce qui est aujourd’hui une nouveauté et doit s’inscrire dans un cycle de mise à disposition rapide évoluera et s’inscrira dans le legacy de demain. Dans l’intervalle, il est important de continuer à travailler sur l’optimisation de l’existant pour dégager des marges d’investissements afin d’accompagner la transformation qui ne peut se faire sans la DSI », conclut Denis Bourdon.

« Le gain de performance dépend de l’engagement des collaborateurs »

Nous avons demandé à Denis Bourdon quels étaient ses critères pour choisir son nouvel engagement professionnel. Une réponse riche d’enseignements.

  • « Tout d’abord je me pose la question du métier à servir, des enjeux et des perspectives. C’est le métier qui conditionnera l’ensemble de l’activité IT.
  • Ensuite quelle est la volonté de transformation de l’entreprise ? Si elle est seulement affichée, dans les faits il est facile de se retrouver à gérer le quotidien, ce qui ne fait pas rêver.
  • La dimension managériale est essentielle. Quel est l’état des effectifs, l’organisation en place, l’engagement des collaborateurs. Cette dimension est la plus importante. Le vrai gain de performance se fera grâce à l’engagement des collaborateurs.
  •  Enfin, le contexte technologique, l’autonomie laissée et la position du DSI dans l’organigramme sont des éléments importants pour évaluer sa capacité d’actions. »